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Les Japonais tirent la sonnette d’alarme

Le taux de mercure présent dans les eaux de oued El Harrach dépasse de 30 fois les normes acceptées mondialement et les prochaines analyses vont démontrer les éventuels risques sur la baie d’Alger », a déclaré le Dr Mitsuo Yoshida, conseiller supérieur à l’Agence de coopération internationale japonaise (JICA).

Le 16 mai 2005, par Salah Eddine Belabes, EL Watan

Intervenant dans le cadre d’un séminaire sur « La pollution et la protection de l’environnement en Algérie » qui se tient, du 5 au 6 avril 2005 à l’hôtel Sofitel (Alger), l’expert japonais précisera, en outre, que « la mauvaise qualité de l’eau de oued El Harrach dépasse de 400 fois les normes établies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ». Rappelant que cette forme de pollution est le résultat d’une absence de traitement des déchets industriels et domestiques, le Dr Mitsuo Yoshida ne manquera pas d’observer que « cela pourrait déboucher sur une contamination de la mer d’autant que, tout au long de cet oued, il y a des unités industrielles polluantes ». Si jusqu’à présent vingt unités ont été ciblées pour des prélèvements d’échantillons, il faudrait estimer à 200 unités industrielles celles qui contribuent à la pollution d’oued El Harrach. D’ailleurs, indiquera-t-il, avec l’aide des gardes-côtes algériens, une équipe algéro-japonaise a prélevé, fin mars dernier, des échantillons d’eau au niveau de la baie d’Alger pour des analyses concernant le taux du méthyl de mercure. « Car, ajoutera-t-il encore, les métaux lourds prélevés dans les sédiments de fonds peuvent avoir des conséquences néfastes sur l’homme et le poisson. » L’explication est toute simple, fait observer l’expert de la JICA : « Le mercure sous la forme organique est très toxique contrairement au mercure inorganique. » Un constat qui lui permettra de formuler quelques recommandations comme celle consistant à engager « une étude épidémiologique auprès des travailleurs de ces unités industrielles et des consommateurs de poisson ». Parlant des « décisions qui doivent être prises à l’encontre des pollueurs », le Dr Mitsuo Yoshida évoquera la maladie de Minamata qui s’était déclarée le 21 avril 1956 au Japon. Une maladie dont la cause était la pollution à cause des rejets de déchets toxiques à la mer et qui avait coûté la vie à 2200 Japonais et plus de 12 000 cas souffrant, jusqu’à aujourd’hui, de cette maladie. Présentant les résultats des analyses préliminaires concernant la pollution de oued El Harrach, le Dr Mitsuo Yoshida qualifiera ces résultats de « surprenants » du fait des éléments toxiques qui ont été identifiés comme le plomb, le chlore, le zinc, le chrome et, bien sûr, le mercure. Toutefois, « pour le cadmium, le pollueur n’a pu être identifié », dira-t-il. Les sédiments collectés ont été transférés au Japon pour analyse minéralogique. Jusqu’à présent, quatre missions entreprises en Algérie ont ponctué la collaboration entre la JICA et l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable (ONEDD). Il s’agit de celles effectuées en février 2003, janvier 2004, octobre 2004 et avril 2005. La partie japonaise a doté le laboratoire national du centre dépendant de l’ONEDD d’un équipement ultrasophistiqué, en l’occurrence le spectromètre à prospection atomique. Présent à ce séminaire, Naotsuko Nakano, numéro deux de l’ambassade du Japon à Alger, insistera sur le fait que « l’environnement est une question globale qui ne reconnaît pas les frontières, et c’est pourquoi la JICA et l’ONEDD échangent leurs expériences afin de mieux protéger l’être humain ». Une démarche qui s’inscrit dans le cadre « de la coopération entre l’Algérie et le Japon que le président Bouteflika a fortement encouragée lors de sa visite en décembre 2004 à Tokyo », mentionnera-t-il.

© Agence pour la Protection et la Promotion du Littoral Algérois
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Date de mise à jour: 29/06/2009