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Place des pays du Maghreb dans la protection de la Méditerranée

Bien que la pollution marine soit considérée comme étant un problème mondial, le risque peut être plus grand dans certaines régions plutôt que d’autres. L’une de ces régions est la Mer méditerranée, car cette mer, est pratiquement fermée ou semi-fermée dont le rythme de renouvellement de ses eaux est de l’ordre de 80 ans. Cela signifie que toute cette durée doit s’écouler pour qu’une goutte d’eau polluée doit être remplacée par une goutte d’eau pure.

La Méditerranée est agressée de différentes manières : par le tourisme, par l’urbanisation croissante des zones côtières, par les déchets et polluants qui y sont déversés directement, par la pollution atmosphérique qui provoque le dépôt en surface de gaz et de poussières toxiques, par les rejets industriels (émission d’eaux résiduelles), par l’usage de pesticides dans l’agriculture, et les rejets agricoles et urbains apportés par les fleuves, par les effluents domestiques, par le pétrole, les rejets d’hydrocarbures et les métaux lourds résultant d’accidents et naufrages de pétroliers (marée noire) ; par la pollution due à la navigation et à l’exploration pétrolière au large ; par la pollution liée au démantèlement des navires, par l’introduction d’espèces non indigènes (exogènes) principalement par le rejet en mer des eaux de ballast des navires ; par les rejets illicites de radionucléides ; et enfin par le recours à des substances chimiques, produits contaminants telles que les peintures antisalissures utilisées sur les carènes des bateaux, qui ont été conçues exprès pour éliminer les organismes « nuisibles ».

Faisant suite à ce triste constat, les Ecologistes sont unanimes en rendant le verdict suivant sur l’état actuel de la Méditerranée : »c’est l’une des mers les plus fragiles, les plus vulnérables et les plus menacées de l’océan mondial ». Pour une superficie représentant 0,8% des mers et des océans de la planète, la Méditerranés subit un transit pétrolier égal à 35% du trafic mondial. En effet, de nombreux pétroliers transportant quelque 300 millions de tonnes la sillonnent chaque année. La Banque mondiale estime à 650 000 tonnes la quantité de pétrole brut déversé annuellement, sans compter les 550 tonnes de pesticides utilisés par les agriculteurs. Selon Greenpeace, 21 276 000 tonnes de déchets non traités, sont jetés chaque année à la mer par les pays riverains. Il faut ajouter à cela les déversements des eaux usées, ainsi que la présence de 60 centres nucléaires opérationnels dans le bassin méditerranéen.

Les Etat méditerranéens ont pris conscience de la gravité du problème écologique et environnemental en Méditerranée. Dans les pays maghrébins, cette prise de conscience a pris une ampleur considérable suite aux manifestations négatives et dangereuses concrètes qui ont surgi, ces dix dernières années, le long des côtes du bassin sud méditerranéen. En effet, le littoral est soumis à de considérables pressions anthropiques de nature physique (dragage, aménagements, détournements de rivières, dessablement des cordons dunaires, ...), ou liées au rejet de matières polluantes : les zones côtières sont devenues, par la force des choses, le réceptacle final de nombreux rejets permanents ou occasionnels urbains ou industriels.

Ces multiples agressions subies par l’environnement marin, et dont les conséquences sont incommensurables, ont entraîné une inquiétude maladive dans l’opinion publique au point que les pays de l’UMA, à l’instar des grandes nations développées, ont mis en oeuvres, dans le cadre d’un accord sous régional, tout un arsenal juridique, nécessaire pour faire obstacle à toute dégradation du milieu marin pour le préserver contre les risques et le danger de la pollution.

SOUCI MAJEUR DE LA PRESERVATION DU MILIEU MARIN

Désormais conscients de la valeur économique, sociale, culturelle et environnementale de la mer Méditerranée et de ses espaces côtiers, les pays du Maghreb multiplient depuis quelques années les actions tendant à préserver ce patrimoine commun dans l’intérêt des générations présentes et futures.

Le souci d’intervenir avec urgence et efficacité, qui commence à guider le comportement des Etats de l’Union et des organisations associatives au niveau national, se manifeste par l’adoption d’une démarche de protection et de développement essentiellement régionale et globale. L’unité géographique et naturelle du bassin méditerranéen, qui résulte essentiellement des caractéristiques hydrographiques et écologiques spéciales de la Méditerranée et de sa vulnérabilité particulière à la pollution, est ainsi prise en considération dans une perspective temporelle à long terme.

Les côtes maghrébines ne font pas exception à la règle, elles sont menacées de plusieurs types de pollution. En effet, la zone littorale a connu un développement urbain, industriel, touristique, et agricole sans précédent. De plus, les eaux côtières ont servi de lieu de rejets à presque toutes les activités liées à ce développement. Les pesticides, les métaux lourds, les hydrocarbures, les biocides, et les polluants chimiques très répandus et très dangereux à la fois, font partie de ces rejets. Ces éléments s’accumulent le long des chaînes trophiques et, par conséquent, constituent un grand danger pour le consommateur situé au bout de la chaîne tel que l’homme.

Il est vrai que concernant la protection d’un environnement propre et prospère, les Etats et les peuples du Grand Maghreb sont placés devant une tâche complexe et peu aisée. Celle-ci est d’autant plus compliquée que les pays maghrébins tiennent une place privilégiée et stratégique au c_ur même de la Méditerranée.

Ces pays, il faut le dire, sont depuis leur indépendance, aux prises avec des problèmes relatifs à la sauvegarde de l’environnement côtier, mais également à la propreté des cours d’eaux et des barrages, à la santé des forêts, à la lutte contre la désertification, à la protection des espèces rares de la flore et de la faune.

Les pays maghrébins ne peuvent se soustraire à leur coresponsabilité dans la lutte pour un environnement sain en Méditerranée. Les gouvernements et les peuples du Maghreb en sont parfaitement conscients, et ils n’ignorent pas les efforts déployés, à l’échelle mondiale et à l’échelle régionale sur le plan écologique, afin de préserver cet espace vital pour l’ensemble des Etats riverains.

POUR UNE STRATEGIE COMMUNE DE PROTECTION DU LITTORAL MEDITERRANEEN

A- Intérêt écologique des côtes maghrébines

1- Leur fertilité et leurs possibilités trophiques :

Les côtes sud méditerranéennes sont favorisées par la circulation des eaux par rapport aux autres pays du bassin occidental de la Méditerranée. En effet, l’arrivée des eaux atlantiques, de température et de salinité spécifiques, va imposer dans les couches superficielles une flore et une faune planctoniques différentes de celles rencontrées habituellement dans les eaux méditerranéennes, et qui garderont leurs caractères très longtemps en suivant les courants de surface au large du littoral sud méditerranéen. Cette distribution de la biomasse primaire va conditionner la faune phytophage (sardinelles, sardines, anchois,...) qui vont de fait suivre la dynamique des eaux océaniques. Le trajet des maquereaux et des thons est ainsi calqué sur la courantologie des eaux de surface d’origine océanique. Les activités de pêche seront donc conditionnées par le passage obligé de ces espèces devant les côtes nord-africaines,_Autres prédateurs, les Cétacés (dauphins, marsouins, cachalots,_) suivront ces sources nutritionnelles et leur concentration se fera plus particulièrement au niveau des fronts déterminés par ces grands gyres hydrologiques.

2- Leur morphologie et leurs biocénoses

Les côtes du bassin sud méditerranéen sont constituées dans leur majeure partie (70%) par des falaises abruptes, entrecoupées par des promontoires rocheux avec des saillies et des caps. Les 30% de côtes restantes sont formées par des plages sablonneuses, dont certaines sont bordées par des cordons dunaires et cadrées par des affleurements de roches éruptives.

Le plateau continental est des plus étroit de la Méditerranée ; parfois il est inexistant se réduisant à une simple corniche sous-marine de moins d’un kilomètre. Du fait de la morphologie très tourmentée du littoral sud méditerranéen, les biocénoses sont très nombreuses et fragmentées avec dominance des organismes coralligènes. La faune benthique, sur ces fonds, est très abondante et très variée (Spongiaires, Cnidaires, Bryozoaires, Crustacés, Mollusques, Echinodermes,...).

Les herbiers marins à posidonies (Posidonia oceanica), endémiques à la Méditerranée, peuplent les fonds marins du bassin sud méditerranéen : leur état de santé est variable d’une région à une autre et constituent des frayères et des nurseries pour plusieurs espèces de Poissons, de Crustacés et de Mollusques, et jouent de ce fait un rôle important dans l’écosystème marin méditerranéen. Cependant, ces herbiers littoraux accusent, ces dernières années, une régression notable avec l’augmentation des pollutions diverses et des aménagements côtiers.

B- Coopération inter-maghrébine = passage obligé

Les données les plus récentes indiquent que les déversements des eaux huileuses (eaux de lest et de cale), actuellement estimées à 75% des 650 000 T/an de contaminants des hydrocarbures dans la Méditerranée. Que les eaux de la côte Nord - Africaine dans la partie sud est de la Méditerranée contiennent le 2 éme plus grand nombre de taches de goudron, avec à peu près 30% de pétrole délesté, laissant des résidus de goudron sur les plages marocaines, algériennes, tunisiennes et libyennes. En plus, le goudron ainsi que ces résidus peuvent souiller et dégrader les écosystèmes fragiles et les pêcheries côtières. Or on sait que le littoral maghrébin, qui s’étend depuis l’Atlantique à la frontière égypto-libyenne, représente une façade maritime sur la Méditerranée de plus de 3000 km, et le long de laquelle s’opèrent 98% des échanges commerciaux avec le monde. Bien qu’à ce jour, cette longue portion de la rive sud-ouest du bassin méditerranée est épargnée d’accidents majeurs de pétroliers, le niveau de risque est élevé. En effet, les données de la Banque mondiale indiquent une circulation annuelle de 58 000 navires le long de la côte des pays du Maghreb incluant à peu près 5 000 navires transportant du pétrole, 2 000 véhiculant des produits chimiques, et 1 300 du GNL. Cette circulation représente à peu près 500 millions de tonnes d’hydrocarbures et 400 000 tonnes de produits chimiques.

A l’heure actuelle, aucune espèce marine ne semble avoir effectivement totalement disparu en Méditerranée. Cependant, certaines espèces ont désertées complètement plusieurs secteurs plus ou moins étendus, et d’autres sont menacées d’extinction dans un proche avenir. C’est le cas du Phoque moine de Méditerranée (Monachus monachus), autrefois largement répandue sur toutes les côtes méditerranéennes, et qui ne subsiste plus actuellement, au sud, qu’au Maroc, en Algérie, en Libye et au nord, qu’en Grèce et en Turquie. C’est également le cas de deux espèces de Tortues marines, la Tortue luth et la Caouanne qui fréquentent régulièrement les côtes maghrébines ; ces pauvres reptiles marins trempés par la ressemblance d’aspect entre leurs proies habituelles, les Méduses, et les sacs de plastiques nombreux à flotter dans l’eau prés des côtes, avalent très souvent ces derniers. Cette ingestion provoque une occlusion mécanique faisant obstacle au transit digestif entraînant souvent la mort de ces animaux.

C - Conventions et accords internationaux

De nombreux accords, adoptés au niveau méditerranéen, permettent de mieux appréhender la protection de l’environnement ou la valorisation de ses ressources. Nous citerons les principaux conventions et accords internationaux que les pays maghrébins ont signés et/ou ratifiés :

— Les statuts de la Commission internationale pour l’exploration scientifique de la Méditerranée (CIESM) (Statuts du 30 mars 1910 révisés le 30 novembre 1970).

Créée par le Prince Albert Ier de Monaco en 1910, la CIESM a son siège à Monaco, au Musée océanographique. Elle constitue une assemblée délibérante composée de délégués des gouvernements des Etats contractants riverains de la mer Méditerranée et des mers tributaires, ainsi que de délégués des gouvernements des Etats contractants non riverains y effectuant des recherches, études et travaux océanologiques. Son travail est accompli par divers comités scientifiques spécialisés, regroupant au total plus de 600 membres. La CIESM participe activement aux activités de lutte contre la pollution de la Méditerranée, dans le cadre du Programme MEDPOL du Plan d’action pour la Méditerranée notamment. 18 Etats sont membres de la CIESM et parmi eux : Algérie, Maroc,Tunisie.

— L’Accord portant création du Conseil général des pêches pour la Méditerranée (CGPM) (Accord du 24 septembre 1949, tel qu’amendé les 22 mai 1963 et 1er juillet 1976) ;

Le CGPM a été institué sous l’égide de la FAO en 1946. Son siège est établi à Rome. Il a pour objet de promouvoir le développement, la conservation, l’aménagement rationnel et la valorisation des ressources marines vivantes de la mer Méditerranée, de la mer Noire et des eaux intermédiaires. Ses fonctions sont très vastes puisqu’elles portent sur les aspects biologiques, écologiques, scientifiques et techniques de la mise en valeur et de l’utilisation des ressources marines. Le CGPM a lancé un projet pour le développement et l’aménagement des pêches méditerranéennes, et participe au Programme MEDPOL du Plan d’action pour la Méditerranée. Le CGPM a un rôle consultatif ; il adresse des recommandations aux gouvernements membres et à la FAO. En plus de 17 Etats, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont membres du CGPM. 

— La Convention pour la protection de la mer Méditerranée contre la pollution (Barcelone, 16 février 1976) et les protocoles y relatifs.

Protocole relatif à la prévention de la pollution de la mer Méditerranée par les opérations d’immersion effectuées par les navires et aéronefs (Barcelone, 16 février 1976) ;

Protocole relatif à la coopération en matière de lutte contre la pollution de la mer Méditerranée par les hydrocarbures et autres substances nuisibles en cas de situation critique (Barcelone, 16 février 1976).

Cette Convention ainsi que ses différents protocoles ont été ratifiés par l’ensemble des pays maghrébins.

L’organisation internationale mise en place par les « arrangements institutionnels » de la Convention de Barcelone et de ses protocoles comporte des organes intergouvernementaux chargés de veiller à l’application des textes et éventuellement de les compléter -les réunions des Parties contractantes et les conférences diplomatiques-, et des organes intégrés - l’« Organisation » (secrétariat) ou Unité de coordination du Plan d’action pour la Méditerranée, confié au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) dont le siège est à Athènes, ainsi que deux centres régionaux : le Centre régional de lutte contre la pollution de la Méditerranée par les hydrocarbures (ROCC), devenu en 1990 Centre régional méditerranéen pour l’intervention d’urgence contre la pollution marine accidentelle (REMPEC) situé à Malte, et le Centre d’activités régionales pour les aires protégées de la Méditerranée (CAR/ASP) installé en Tunisie.

D- Programme d’actions prioritaires

1. Prévention et lutte contre la pollution marine.

Un premier projet intitulé « SOSMED’s » » se présentant comme une expérience maghrébine à plate forme multiple où l’objectif global est de produire une représentation correcte de la circulation dynamique des eaux adéquat à la compréhension des transports biologiques et chimiques, et d’évaluer l’état de la pollution de la partie sud de la Méditerranée. Ce grand projet qui devrait débuter en 1993, inclura des études intensives dans plusieurs régions critiques du littoral maghrébin, sous l’égide du Centre d’Excellence Inter-Islamique d’Océanographie (INOC), en concert avec les agences internationales de l’OCI (COSMTECH, IFSSTAD), de l’ONU (PNUE), de l’UNESCO (COI), et d’autres organismes

Les objectifs essentiels de ce projet se résument à :

— Etude et quantification de la pollution, établissement de normes dans cette région.

— Etude du comportement du courant atlantique et son extension vers l’Est de la Méditerranée.

— Identification et caractérisation des différentes masses d’eau dans la région.

— Rôle du courant atlantique dans la fertilisation des eaux dans la région.

© Agence pour la Protection et la Promotion du Littoral Algérois
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Date de mise à jour: 08/06/2010